- Poètes du Niger: Mahmouden Hawad

Mahmouden Hawad

Aperçu de l'image

Ecrivain poète et peintre touareg né en 1950 dans l'Aïr, massif montagneux du Sahara central.

 

Le nomade,

Il est enturbanné de soleil
Vêtu d'une robe de scorpions
Chaussé d'épines
Il s'appuie sur la vipère fourchue
Il a domestiqué l'essuf
La mort s'écarte de son sentier

Devant lui les montagnes de feu s'effondrent
Derrière lui le tapis de terre s'enroule

Son chemin est tracé par la soif
Cmme le jet ébloui de l'étoile filante
Au-delà des abîmes
Son appui murmure sans trêve
Toi crête de l'univers
Sois cheville
Et tête de pyramide

Hier l'armée d'acier a brûlé sa tente
La sécheresse a balayé ses enclos

Sa femme est au puits
Drapée de chiffons gris
Grimaçante sinistre
Visage enduit de cendres
Tresses dénouées
Veuve fantôme

Ses enfants plient genoux
Dans les marécages du venin
Creux de famine
Entraves de la misère
Couches galeuses
Couvertures de vermines

Patûrages champs clos
Tornades de fumée
Ses chemins s'entassent dans les filets des cloutés
Mis en cellule
Boites de conserve

Le nomade entre dans la cité
Pour acheter trois mesures de blé
Ceux qui vénèrent le béton
Lui crachent au visage
Lui jettent dans le dos
Les os de ses moutons
Hurlements de la ville
Sois maudit nomade
Renard voleur pillard traître
Sauvage compagnon de l'araignée
Frère du chameau

Il quitte le marché
Pour les étoiles
Indifférent exalté
Il n'entend que le son de ses pas
Poussière qui l'enveloppe
Violon qui harmonise
En un seul son

Le passé et le futur
Boucle inondant l'instant présent

Au-delà de ce temps
Il regarde
Et accompagne le jet des âmes
Qui débordent la vie
Pour la tente d'Inta
Et l'aridité d'Abat
Où l'existence devient mousse de lumière
Dans l'océan des mirages miroirs

Il retourne à ses plaintes en chantant
Mélodie de l'errance

Celui qui ne crache pas sur le déshonneur
Demain les contraintes crèveront les yeux
Pour qui ne s'est pas délié
Des chaînes de la servitude
Les nœuds ne se démêleront pas
Qui attachent la trousse des délices
De la graine étincelle.

 

SAHARA,Visions atomiques,Chapitre 5
Écho de l'envers
Traduit du touareg (tamajaght) par Hélène Claudot-Hawad

Allo allo
arghem alpha éba arghem éba.
Je vous annonce que les rayons X
viennent de dévoiler une amulette
nouée dans les plis
de la cervelle d'un homme,
homme du nom de X,
homme clandestin,
homme vagabondant dans sa cervelle,
homme errant dans toutes les zones de pénombre
de son propre moi.
Allo allo, est-ce que vous m'entendez ?
Ou bien n'ai-je plus d'ombre moi aussi
sur cette terre qui glisse et dérape avec nous ?
Oui ! béta alpha beta, vous m'entendez ?
Si oui, alors moi aussi
je ne suis plus moi,
moi qui suis au service de votre sécurité,
mais plutôt un autre, un moi à part,
un moi à l'envers…

Bon, je vais essayer de lire l'amulette
que les rayons X ont dévoilée
à l'agent Y de nos services
pour que toutes les nations du bien
puissent l'entendre,
je vais réciter, à haute voix,
l'amulette écrite à l'envers
l'amulette aux formules diaboliques
des sept vents du néant
qui disent :

– Au nom des sans ombres,
les sept vents sans ombres,
eux qui refusent toute autorité
et ne reconnaissent pas les ordres établis
en pyramide Etat poids carcan
miséricordieux sur leurs épaules.
Argham, ébjad, éhwaz, ékhtay
éklman esghaf éDad éqershat
étcha eZa édj éga,
a i o é et le a défunt.
Le monde est une pyramide
étagée en cinq blocs :
Premier bloc
où habitent le zéro et neuf lions,
Deuxième bloc
où demeurent douze combattant
Troisième bloc
abritant quatre vipères
Quatrième bloc
emmagasinant cinq détonateurs
et cinquième bloc
qui détient les cinq codes
des cinq extinctions de l'imaginaire :
a1, i2, o3, é4,
et je dessine au centre du carré
le a de l'absence
qui campe le 5.
En donnant de l'importance
seulement aux consonnes,
le cabalisme a négligé la force noire
des cinq baguettes en deçà du sens,
les voyelles
qui détournent le pouvoir
de toute autorité
Etat et pharaonnerie bétonnés.
Voici l'art de recycler
l'énergie des chutes et déchets
que la raison a exclues.
Vent rouge, vent jaune, vent roux,
vent noir, vent gris, vent rayé,
vent albinos,
les anges ont bien un sexe
et quatre vingt dix neuf pour cent
de belles femmes,
le prêtre reçoit la révélation de l'ange,
le scribe accueille la charge électrique du vautour,
les sept vents sont dans nos filets.
A présent, tressons les nerfs du cyclone .

J'ajoute la puissance du neuf
à la puissance du huit,
la puissance du huit à la puissance du sept,
la valeur du sept s'additionne à celle du six
la valeur du six à la puissance du cinq.
Et je plonge les cinq puissances
dans la puissance du quatre
et transfère la puissance du quatre
dans la puissance du trois.
Je baratte la puissance du trois
dans la puissance du deux
et les deux puissances dans le Un.
Alors je verse la puissance du un
dans l'impuissance
et je transvase l'impuissance
de trois éclairs atomiques
dans la planche de mon thorax,
et je crie la puissance du nombre renversé
glissant et fuyant toutes les pesanteurs
des valeurs du monde établi
et par le timbre sourd
du cinquième cri de combat,
hors des tripes de la terre,
j'arrache la destruction
des six derniers tonnerres atomiques
que le mont Ahaggar a noués
dans les boyaux de l'ombre
fantôme du Touareg,
ombre à quatre pattes
sous les ténèbres de son pays culbuté
qui lui aussi rampe
sur les vertèbres de son dos.

Impuissance des trois tonnerres
à laquelle se rajoutent les destructions
des six tonnerres qui ont semé
à coup de mépris
les neuf fardeaux atomiques
en direction de l'astre
à la puissance neuf
et neuf jusqu'à l'infini neuf,
neuf bras et branches de haine
puissance de neuf milliards
voyage de la lumière errante
pondant sans cesse neuf soleils,
qui chacun explose à tout instant
de neuf milliards de cosmos soleils
de nouveau épanchant leurs menstrues
jets d'arcs-en-ciel
des neuf voies lactées
qui crachent d'autres ouragans fous
d'étincelles…

Je dévie,
je dévie toutes les puissances des neuf chaos
et à hauteur des sept forces terrestres
rajoutées aux grimaces des sept fronts célestes,
je détourne,
je détourne tous les aimants
des voies et des autoroutes
de satellites voitures avions et trains
fibres et réseaux ferroviaires et électroniques
des terres, des airs, de l'imaginaire et des océans.

Ne craignez pas la métamorphose,
déjà nous sommes neuf milliards de fusées,
neuf milliards d'insectes
soleils en révolte
s'affranchissant des cervelles d'ordinateurs,
libérés de leurs lanceurs,
pour un élan de fronde tourbillonnant
danses révoltes marches rejoignant les vertiges
courses de météorites cabalistiques
du détournement des sens,
des ordres et des règles.

Geste du scribe

Ewa égale six,
alpha égale un,
eha égale cinq.
Ceci est la formule
de la bombe à retardement
de nos regards,
nos regards ponceurs de vos soleils.
Et déjà les fronts de vos satellites sont scalpés
et cent champignons du tartre de notre salive
continuent leur œuvre
dans la cervelle et les moelles nues
de vos espions et de vos ordinateurs…
Le vieux vautour,
gardien des campements abandonnés,
ne disait-il pas :
– Attachez la terre à la cheville du vent,
liez la terre par le fouet de vos langues,
liez le serpent terre,
et mettez l'unité du cinq
dans l'angle gauche du triangle
et le chiffre un dans l'angle droit.
Et sur la tête de votre triangle,
logez encore un cinq
et ensuite, renversez la pyramide des pharaons
sur le souple triangle, trépied nomade
et entourez le double triangle
par le nom des hommes de sept,
hommes de sept, piliers des ténèbres
et l'être humain jaillira des ténèbres,
Homme, porteur de l'univers.
Des ténèbres, surgira l'homme taureau,
taureau homme
qui n'a nul besoin
de la planche de l'espace
ni d'un faux ruban du temps,
l'homme taureau indomptable,
homme rebelle taureau,
Homme jailli du cosmos
homme fauve
se portant lui-même
et l'autre face du monde.

Renforcez l'homme rebelle
par le sexe de Satan,
et naîtra le démon de la passion
de vos insurrections.
Le six de la gauche
versé dans le un de la droite
égale sept.
Et sept fois le cinq de la tête du triangle
égale trente cinq.
Et trente cinq fois trois
égale cent cinq.
Alors, en soustrayant les deux zéro du cent,
vous trouverez le Un,
et un auquel s'ajoute cinq fait six.
Six axes et au centre dressez le un
de leur silhouette debout.
Un au centre de vos six pôles d'orientation
égale sept,
voilà le Sept, l'homme,
l'homme dressé,
l'homme formé de deux triangles,
l'un tête en bas rencontrant
l'autre, tête en haut.
Et maintenant soufflez sur le vent,
et tomberont dans le vent
les coques poids pyramides
de vos pharaons.
A présent le vent, la terre et le temps
sont entre vos mains.
Buvez le mirage et le soleil.
Qu'attend la révolution ?
Buvez la lie de vos nuits,
déjà vous êtes affranchis,
déjà vous marchez et êtes libérés,
vous marchez au-delà de l'état d'homme
vers la nature du vent.

Rouille du cinq
sur venin du sept
égale douze.
Trente jours frissonnant sous la fureur
de quatre triangles, sceau carré
socle de l'alchimie des mirages,
urine de soleil noir,
encre sperme de scorpion en rut,
redressez-vous,
nous avons métamorphosé la fortune
des nouveaux Crésus et des tyrans
en tornades de sauterelles dévastatrices
fondant sur le lard des coffres-forts.

Charançons,
pâturez dans les casques et les blockhaus,
mangez-les,
la conscience de leur diadème d'argent s'effiloche,
leur monde est devenu un vieux mouton
traînant le postérieur
vers le sillage de vos rêves.
Détournez leur vent sans atermoiement,
égarez-les sur votre terre.
Les lichens déjà rongent
le phallus de leur haine
sous vos sabots.
Emoussez leurs cils,
il ne reste plus sous leurs paupières
la moindre étincelle
hormis les cendres de leurs rêves.

source: http://www.canal-u.fr/canalu/affiche_programme.php?sequence_id=1621533187&programme_id=1560806280&num_sequence=2&format_

 



11/01/2009
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