- Souéloum Diagho

Souéloum Diagho est un poète touareg malien né à Tessalit dans l'Adrar des Ifoghas Touareg

A l'instar de tous les poètes touaregs, Souéloum Diagho vénère le désert, cette terre de silence absolu où les hommes naissent libres et voyagent dans le temps dont la boussole est leur seul instinct et les étoiles leur seul guide.

Les hommes bleus comme Souéloum Diagho ne connaissent pas de frontières, là où ils passent, ils sont chez eux, de Tamanrasset à l'Aïr, de l'Aheggar à Agadez, de l'Adrar à igli, les caravanes passent et repassent et le vent balaye tout sur son passage, seuls les experts du désert arrivent à détecter la moindre trace humaine grâce à leur science d'exploration. 

Leur terre est riche, leur vécu quotidien est pauvre, leur histoire est connue leur avenir est incertain. Leur sagesse mêlée à de l'adversité

Dans cette immense entendue terrestre, les Touaregs  savent se voir et se reconnaître, le dromadaire, ce compagnon de route résistant à la chaleur, la soif et la faim est lui seul qui connaît tous leurs secrets.

Il est l'auteur et l'éditeur d'un livre paru en 2001, intitulé Poésies touareg : Le Chant des saisons, qui regroupe 175 poèmes.

 

 

 

 

 

3Akal n'iba' : Terre à perte de vue


A perte de vue se dessine la ligne de l'horizon
dans ses grandes plaines qui forment le Sahara.
A perte de vue la caravane perce le mystère
qui fait peur aux initiés de cette atmosphère.

A perte de vue les nomades errent dans ces terres
hostiles et tristes comme la mort au premier abord.
A perte de vue dans le lointain infini le vent ramène
le temps dans le giron des collines agrémentées
des dunes aux grains de sable fin.

A perte de vue les branches d'un acacia aux épines
dorées comme les pointes des épées des guerriers
qui luisent au soleil et s'imposent à la vue de tous
les voyageurs même aux gerboises qui jouent avec
les crottes des brebis.

A perte de vue le temps n'existe plus,
rien que le mystère de l'oubli.
Chante l'hymne endormi depuis la nuit, perdu
dans le mirage qui fait office de mers englouties.

A perte de vue s'élèvent les tourbillons au ciel
comme si le message était parti des terres hostiles
vers les cieux où tous les regards attendent une pluie
qui donnerait vie à toute une flore et faune endormie.

A perte de vue le temps chevauche le vent vers
les cimes des horizons qui bercent l'espoir d'un jour meilleur.
A perte de vue la soif et la faim ouvrent leurs portes
à de nouvelles recrues qui ont signé leur arrêt de mort.

A perte de vue le temps s'écoule englouti par les ténèbres
de la nuit qui sont toutes les mêmes.
A perte de vue l'homme néolithique a tracé sa route
face à l'océan sans limite. 'Akal n'iba' se situe
entre deux mondes celui d'hier et celui de demain.
Aucun des deux n'est certain, l'un est passé et l'autre nous attend.

souléoum diagho

 

Citations de Souléoum Diagho:

 

      Peuple d’errance...

 

Peuple né du vent et des nuages ayant comme monture les mirages.  L’errance n’est pas synonyme de bêtise mais de libertés de l’âme et du corps.  Vont-ils puiser dans les fonds du mirage ce que d’autres cherchent ou trouvent dans les écrits ?  

Plus loin leurs encyclopédies sont leurs proverbes enchantés par le temps.  Leurs  archives sont leurs contes, légendes et dictons qui traversent le temps.  Leurs bibliothèques sont leurs mémoires balancées par le vent de l’oubli.

Et toujours vouloir décrypter le ciel, la terre, les nuages, les mirages, les vents dont ils tirent l’essentiel.  Quand d’autres s’obstinent à chercher cet essentiel dans les livres ou à froncer les sourcils au-dessus d’une boussole, eux, ils le trouvent en regardant les étoiles et les nuages que le vent raméne de nulle part.

 

 

 

 



16/02/2009
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