- Journée Nationale de l'Artiste (08 Juin 2010)



JOURNÉE NATIONALE DE L'ARTISTE
L'art de vivre et de survivre


Des réponses d'El-Anka à des gens impolis, comme «Elli fakou rahou», sont entrées dans le langage populaire. D'autres artistes, notamment Benguettaf et Sid-Ali Kouiret, sont restés artistes dans les pires moments. Une journée ne fait pas l'artiste et un artiste l'est pour la vie.
Aujourd'hui, c'est la journée nationale de l'artiste. Comme chaque année, il y aura des «célébrations» par-ci et des activités culturelles et artistiques par-là. Des artistes vont encore reparler de leur situation et d'autres vont encore une fois revendiquer le fameux «statut de l'artiste». Il y a des artistes heureux et d'autres, sûrement plus nombreux, malheureux. Mais, quand on est un vrai artiste, on l'est pour la vie. Certains artistes sont restés artistes et ont réagi en artistes dans des situations inhabituelles. Nous sommes au Théâtre national algérien à la fin des années 1980. C'était cette courte période «dorée» où le public accourait pour voir des pièces comme Babor ghrak ou Hafila Tassir et voir à l'œuvre de grands comédiens comme Azzedine Medjoubi. Sur la scène, M'hamed Benguettaf donnait la réplique à Ziani Chérif Ayad. Un groupe de personnes entre à l'orchestre de la salle. Une dispute verbale oppose les membres de ce groupe de retardataires. Les spectateurs sont dérangés. Conformément au scénario de la pièce, Ayad pose une question à Benguettaf. Celui-ci désigne du doigt les «perturbateurs» encore debout dans la salle, avant de répondre : «Attends un peu que ces messieurs règlent leur problèmes, puis nous pourrons continuer tranquillement notre discussion. » C'est l'hilarité générale parmi le très nombreux public, puis une longue ovation, après cette «sortie» inattendue de Benguettaf. Les perturbateurs n'ont, alors, plus qu'à aller chercher un siège de vide ou s'éclipser en douce et la pièce peut continuer jusqu'au baisser du rideau. Deuxième acte : quelques années plus tard, au TNA toujours. C'est la décennie noire, les productions sont rares et le public a déserté les salles de spectacle. Sid-Ali Kouiret est seul sur la scène, en train de monologuer devant une maigre assistance. Un homme entre dans la salle et va directement s'asseoir au premier rang à quelques mètres de Kouiret. Il regarde le comédien avant de lui lancer un moqueur «khrout !», qu'il vaudrait mieux ne pas traduire. Mais il ne sait pas sur qui il est tombé. Sid-Ali Kouiret avance lentement, regarde l'intrus et se met à dire avec une rare conviction : «Que vient faire un type comme toi dans cette endroit ? Les gens de ton espèce, on devrait leur interdire de venir ici. Si ça ne te plaît pas tu n'a qu'a partir, personne ne t'oblige à rester ici.» Alors, l'homme se lève et sort de la salle sous les rires du public. Le plus étrange dans l'histoire, c'est que Kouiret n'a pas trop improvisé et qu'il est resté dans le sens du dialogue de sa pièce. Jadis, on racontait beaucoup d'histoires de ce genre sur El-Hadj M'hamed El-Anka sur sa manière de clouer le bec aux mal-polis, aux blancs becs et autres fanfarons. Certaines expressions comme «Elli fakou rahou» ou «Dahrek khir men ouej'hek», attribuées à El- Anka, sont entrés dans le jargon populaire. En cette journée, hommage à celui qui avait dit : « Fenni ma houche mel m'cid…» (mon art, je ne l'ai pas appris à l'école, ma vraie école, c'est celle de la vie difficile). Bonne fête à tous les artistes, y compris ceux qui ne croient à l'utilité d'une journée de l'artiste.
Kader B.



Source de cet article :
//www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/06/08/article.php?sid=101273&cid=16


26/06/2010
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