- Ait Smail : Adrar N Fad

 

 

 

 

    « Adrar N Fad »

 

 

 

Du nom donné à une montagne située dans la région d'Ait Smail en  kabyle orientale, Adrar N Fad est devenu  très connu grâce l'association culturelle  de ce village puisque celle-ci prend le nom de cette majestueuse montagne comme appellation pour sa symbolique et la mélodie qu'elle dégage.

 

Il y a lieu de  comprendre qu'Adrar N Fad est un nom propre composé de trois mots à savoir :

Adrar : montagne : sujet

N : de : préposition :

Fad : (quatre significations plausibles aux sens différents du mot) : Complément du nom  .

 

Ce qui nous intéresse dans ce groupe de mots c'est le mot « fad » puisque tout le sens du groupe de mots en découle. En voici les quatre significations plausibles :

 

1-     Fad : veut dire « soif » en français.

 

2-     Fad : forme nominale du verbe « nfed »  veut aussi dire percer, atteindre. On dit: « nnefda n tsegnit » percée d'aiguille.

 

Dans ce cas précis, « fad » désigne un sens figuré qui veut dire :   « montagne par laquelle il y a une  issue de secours, un couloir de percée, un chemin qui mène au salut et hors de portée de l'ennemi ».

 

3-     fad : désigne la force, l'énergie et la hargne de vaincre son ennemi.

 

Le mot « fad »  tire sa source de « afud » qui veut dire jambe. En  kabyle, on utilise le mot « afud » pour désigner la force et la jeunesse car sans la force des jambes, l'être humain est incapable de se déplacer, de courir, de se tenir debout ; en un mot, un signe de fléchissement.

 

Maintenant, lequel des trois sens est le plus à même d'être retenu, je pense que c'est le premier cité à savoir « fad : la soif ». Pourquoi je désigne la soif ? Tout simplement, en discutant avec les habitants de la région d'Ait Smail si on pouvait faire une randonnée en été vers le sommet de cette montagne, et quelle fût ma surprise ! On m'a répondu que c'est possible puisque le chemin existe, mais en cette période, il n'y a pas d'eau au sommet de la montagne ; donc, il faudra l'emmener avec soi, chose qui rend le pèlerinage encore plus dur et contraignant. Yewaâr fad, ghas llan ifadden ! llan ifadden, tella nnefda, lamaâna nugad fad !

On craint la soif malgré la force des jambes! Les jambes sont fortes, l'issue existe, mais on craint la soif !

 

Ce qui est paradoxale dans cette appellation de « Adrar N Fad », c'est que c'est une région qui regorge d'eau d'une pureté exceptionnelle où l'on trouve beaucoup de ruisseaux, et même des cascades hautes de quelques dizaines de mètres qui constituent la plus grande attraction des visiteurs durant toute l'année notamment en période estivale mais cette eau abondante existe au bas de cette majestueuse montagne. Elle donne de l'eau à  tous ceux qui vivent en bas et l'enlève à ceux qui tentent de l'approcher! 

 

4- Une signification poétique de cette appellation : « fad n tmusni » la soif du savoir et non une soif physiologique.

 

Adrar N Fad ne désigne ni la soif (fad), ni la force des jambes (afud) et non plus une percée (nnefda). Elle désigne tout  simplement la « soif du savoir : Fad n tusna » et les dieux de cette montagne ont ordonné à leurs serviteurs de chercher ce savoir à travers la création d'une association culturelle qui portera le nom de la montagne sacrée « Adrar N Fad » pour que toutes celles et tous ceux qui sont avides de savoir viennent, chaque année en début du printemps avant la fente des neiges, faire un pèlerinage pour avoir un tant soit peu de clarté et de sagesse.

 

A Adrar N Fad, il y a de l'eau en abondance et, il y a aussi de la force incarnée dans la volonté  de ses enfants et leur farouche détermination à  surmonter les épreuves, mais aussi beaucoup de percées à travers ses sentiers sinueux ; tous les chemins mènent à Adrar N Fad pour toutes celles et tous ceux qui viennent en quête du savoir.

L'existence de l'association culturelle « Adrar N Fad » est décidée par les dieux de cette montagne, les braves gens qui président à sa destinée ne sont que d'humbles serviteurs désignés pour cette mission sacrée. Quel honneur!

 

C'est ainsi que l'association culturelle « Adrar N Fad » est née, et c'est ainsi que j'ai fait mon premier pèlerinage en ce mois de mars 2010 dans ce lieu sacré des dieux du savoir et de la clarté : la Mecque des poètes. 

 

Si non, pourquoi cette association n'aurait pas existé par ailleurs à Bejaia que se soit en ville ou dans une autre contrée, si ce n'est la volonté des dieux de la montagne sacrée « Adrar N Fad » ! Comme quoi « Adrar N Fad » n'a pas encore livré tous ses secrets ; les trois lauréats du festival de poésie organisé chaque mois de Mars de l'année, ne sont que des sacrifices pour que la neige tombe, que l'eau ruisselle, que les cascades se forment, que les graines germent et qu'At Smail sorte de l'isolement hivernal. Grâce au pèlerinage des  poètes et d'hommes du savoir, cette région vivra et continuera à retenir ses enfants contre toute tentation de quitter les lieux pour une vie matérielle, meilleure soit-elle, quelque part dans ce monde bouleversé.

 

M.S

 



02/04/2010
5 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 31 autres membres